La naissance du Canelot.

l'écluse du Canelot vers 1900.

Ceci est une discussion imaginaire en 1881 entre Adolphe Alphand l’ingénieur des ponts et chaussées qui a conçu l’extension du port de la Teste et le creusement du Canalot avec Le Diègue régisseur des près salés est appartenant à Harry Scott Johnston

Ce texte est extrait du feuilleton " les chroniques du Canalot" publié sur htba.fr

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Un matin de mai 1881, Le Diègue a l’agréable surprise de voir entrer chez lui Adolphe Alphand.

—  Eh quoi, Monsieur l’ingénieur, vous voici de nouveau parmi nous ! Que nous vaut cette agréable nouvelle ? Je croyais que la Capitale et se"s jardins vous avaient définitivement fait oublier les rives du Bassin.

— En fait, Le Diègue, je suis revenu car je vais dessiner une extension du port de La Teste.

—  Ah, c’est un sujet dont on parle beaucoup, mais on ne voit pas le début du commencement. Un manque d’argent sûrement ?

—  Eh bien, je peux vous annoncer que, par décret du 2 mai 1881, les travaux du port de La Teste sont déclarés d’utilité publique pour répondre aux besoins de l’industrie ostréicole.

—  Comme je sais que vous êtes assez féru d’ostréiculture et de l’histoire du port, j’aimerais discuter de mes projets avec vous.

—  C'est trop d’honneur, Monsieur l’ingénieur, je ne suis qu’un simple régisseur de ferme. Je vous aiderai autant que possible.

…….

En discutant des évolutions du port, Le Diègue fait part à Alphand de l'une de ses préoccupations.

—  Lorsque les ostréiculteurs de nos concessions reviennent du parc, ils le font au début de la marée montante. Ils échouent alors leur pinasse à la base de la digue. Ensuite il leur faut faire beaucoup d’efforts pour hisser les huîtres et le matériel et les amener, dans les cabanes sur la digue. C’est la même difficulté lorsqu'ils partent pour le parc.

—  Mon ami, c’est le propre des marées. L’eau monte et descend. Que voulez-vous y faire ?

—  Eh bien, j’ai pensé que s’ils disposaient d’un quai où l’eau soit toujours à la bonne hauteur, leur vie serait plus simple.

—  Vous voulez supprimer les marées, à vous tout seul ? Dieu lui-même n’y parviendrait peut-être pas !

—   Je vais vous dire mon idée. Il y a de l’autre côté de la digue, un petit canal naturel qui est l’écoulement d’une craste ancienne, la craste Darriet. M. Johnston me l’a montrée sur un vieux plan de 1867, avant l’endiguement.

—  Je vous suis, mon ami, mais quel rapport avec les quais sans marée ?

—  Eh bien, si on creusait un petit canal dans le lit de la craste, les ostréiculteurs pourraient charger et décharger leurs pinasses sans effort. Mais je vois bien que ceci conduirait à faire une brèche dans la digue pour le passage de l’eau et des bateaux, ce qui causerait de nombreuses inondations.

L’ingénieur Alphand se gratte le crâne, regarde au loin comme s’il cherchait à trouver une solution au-dessus de l’horizon, puis se tourne vers le Diègue.

—  Vous savez, mon ami, que votre idée est excellente ! Il faut simplement mettre au bout de votre petit canal une « écluse à sas ».

—  Une écluse à sas ? Qu'est-ce donc !

—  Sur les canaux intérieurs, comme le canal du Midi, conçu par l’ingénieux Pierre-Paul Riquet, il y a des « écluses à sas ».

Ce sont des écluses avec deux portes. D’un côté le niveau de l’eau peut être haut ou monter et descendre, de l’autre côté l’eau reste au même niveau. Ainsi, à l’intérieur de votre petit canal , qu’on pourrait appeler un « Canalot », on pourrait garder l’eau à hauteur des quais. De l’autre côté, suivant les marées, le niveau de l’eau pourrait être très haut ou très bas.

Ainsi vous réaliseriez le rêve de vos ostréiculteurs : avoir un bateau toujours au niveau du quai. Et donc ne pas faire d’efforts pour décharger et recharger les huîtres et le matériel. Votre intuition est réellement remarquable !

Le Diègue a pris modestement note de toutes ces informations. Il se doute que creuser un canal et construire une écluse doit être une opération coûteuse. Il lui paraît nécessaire d’en parler avec son patron, Harry Scott Johnston.

….

Lorsque Le Diègue lui expose son idée de Canalot, la réaction de Harry Scott est immédiate :

—  C’est une excellente idée ! D’une part, nous pourrons installer des concessions ostréicoles des deux côtés du Canalot, d’autre part, les conditions de travail de nos ostréiculteurs seront bien meilleures que celles de la concurrence et nous pourrons augmenter le prix des concessions... Toutefois il ne faudrait pas que ces travaux me coûtent en un an ce qu’ils me rapporteraient en dix.

Si la commune ou la compagnie des chemins de fer pouvait participer aux dépens, ce serait parfait.

Voyez donc avec M. Alphand ce que coûterait cette folie.

Un mois plus tard, Alphand est revenu avec des plans détaillés :

—  J’ai fait au plus juste car j’ai compris que ni la commune ni le chemin de fer n’étaient très enclins à participer au financement.

On pourrait creuser un canal de 600 m de long sur 10 m de large. Une profondeur de 1,5 m devrait suffire pour manœuvrer les pinasses au montant comme au descendant. Une écluse de 2,5 m de large sur 10 m de long conviendrait aux pinasses d’ostréiculteurs.

De plus, comme il y a un sas, on pourrait faire entrer et sortir des bateaux même lorsqu’il y a une différence importante de niveau entre les eaux du bassin et les quais.

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Cet ouvrage, une fois réalisé, a grandement facilité la vie des ostréiculteurs. En réalité, ils ne disposent que d’une heure au montant comme au descendant pour franchir l’écluse. Le reste du temps, l’écluse est fermée pour éviter de submerger le quartier comme de vider complétement le Canalot. Ces heures de franchissement conviennent bien à l’activité des ostréiculteurs pour aller au parc et revenir.

Plus de vingt nouveaux ostréiculteurs vont s’installer sur les deux côtés du Canalot.

Plus tard, on créera même une zone ostréicole plus à l’est et un bras de Canalot sera ajouté pour leur permettre d’accéder à l’écluse.

Ainsi ce qui n’était qu’une idée vague dans l’esprit du Diègue est devenu, grâce au savoir-faire d’Alphand et à l’esprit d’entreprise de Harry Scott Johnston, un instrument de travail qui accompagnera l’ostréiculture de La Teste pendant plus d’un siècle.



Ce texte est un extrait des

"chroniques du Canalot"

chapitre 13 - l'extension du port

Vous pouvez lire l'intégralité du chapitre sur htba.fr

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